L’échéance des sacres annoncés au 1er juillet 2026 de sacres épiscopaux à Ecône (FSSPX) se rapprochant, nous publions ce que nous avons écrit fin mars pour notre bulletin trimestriel « Scutum fidei », n° 27.
Voici le scénario : les sacres vont être effectués, sans mandat pontifical. Rome actuellement brandit le drapeau rouge des excommunications à venir ; mais avec l’entremise de Mgr Schneider, habile politicien entre Rome et la Fraternité, la sentence ne sera pas prononcée. Et Mgr Fellay, non moins habile, radieux comme toujours, dira que le miracle aura eu lieu. Un marché de dupes, où seuls les aveugles volontaires ne voient rien…
Nous reprenons en le citant un tertiaire franciscain : » Nos statuts déconseillent de nous rendre aux spectacles. Je n’irai pas à Ecône où il faudra un QR code pour assister aux sacres. »
La rédaction, 19 mai 2026
Des sacres dans la Fraternité Saint-Pie X
L’annonce en a été faite par son Supérieur général le 2 février dernier à Flavigny. Rome s’en est émue et l’abbé Pagliarani s’est rendu au Dicastère de la foi pour y rencontrer le Préfet, le cardinal Fernandez – dit Tucho -, promoteur et défenseur des hontes immorales (entre autres), qui déniait au mois de novembre le Titre glorieux de Médiatrice et de Corédemptrice à la Vierge Immaculée.
A la suite de cet entretien, l’abbé Pagliarani a consulté son Conseil et le 18 février il écrivait une fin de non-recevoir aux menaces romaines. C’est honorable.
Mais… n’y a-t-il que cela à écrire sur le sujet ? Non certes, car les sacres ne sont pas encore réalisés. Le Supérieur général espère bien que le pape sera bienveillant. Voici ses propos, en réponse d’une question posée lors de la dernière université d’hiver de la FSSPX à Châteauroux :
Question : « Sans faire ni prophétie ni science-fiction, pensez-vous que le pape Léon XIV puisse accepter cette demande ? Ou du moins s’abstenir d’intervenir, en tolérant que les choses se fassent sans les approuver explicitement ? Comment voyez-vous la situation ? »
Réponse : « Tout est possible. Oui, tout est possible.
Je dirais ceci : de même que Benoît XVI a levé les décrets d’excommunication en 2009 — ce qui paraissait assez inespéré —, je pense qu’un pape peut comprendre que la Fraternité agit avec une intention droite. Cela me paraît évident. Nous avons une intention droite. Nous sommes assez directs, comme nous l’avons dit : nous disons ce que nous pensons.
Le pape peut donc le comprendre, peut même l’apprécier, sans nécessairement partager notre position. Et, s’il a réellement le souci des âmes, alors, pour le bien de toutes ces âmes qui, d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, ont recours à la Fraternité, ou voient en elle un point de référence, je pense qu’un pape peut théoriquement comprendre cette nécessité particulière de la part de la Fraternité.
C’est possible. Oui, c’est possible. Mais, encore une fois, tout cela dépend de Dieu, de la Providence, et de la bonne volonté du pape.
Je pense que le fait d’annoncer les sacres cinq ou six mois à l’avance nous permet, à nous, de nous préparer au pire ; mais cela permet aussi au pape de réfléchir, et, je l’espère, de recevoir encore de notre part des explications supplémentaires, afin de mieux comprendre notre bonne volonté.
Tout cela est possible. En revanche, je ne pense pas que le pape adhérera intégralement à la Tradition d’ici le 1er juillet. Humainement parlant, ce n’est pas la perspective. Mais qu’il puisse comprendre, cela, oui, c’est possible. »
Cette réponse montre que le Supérieur général ne veut pas perdre les « acquis » de la FSSPX depuis Benoît XVI : 1 – pas d’excommunication, 2 – la délégation pour les mariages, 3 – la juridiction des confessions, 4 – les ordinations acceptées par les évêchés d’où proviennent les candidats au sacerdoce (donc plus de suspense a divinis), 5 – l’accord romain donné au Supérieur général de la possibilité de juger en première instance pour les procès canoniques, au Tribunal de la Rote.
Ainsi le Saint Siège ferait l’aveugle sur ces sacres du 1er juillet, et la pirouette serait faite, et tout le monde devenu anesthésié serait content. Pas de mandat papal, pas de sanction non plus : l’aile droite de la Fraternité serait satisfaite, l’aile gauche aussi. Un grand écart réussi ! Ce qui en fait est le cas depuis des années, l’abbé Pagliarani ayant réussi à calmer ceux qui étaient opposés à la politique de Mgr Fellay (tous se sont tus).
Au vu de ce que nous savons du début du pontificat de Léon XIV, nous pouvons affirmer qu’il n’a pas en vue le souci des âmes. On ne parle pas de la même réalité. Le Supérieur général le sait mais joue avec les mots.
Reste à savoir quels seront les élus au sacre épiscopal. Cette question, pour autant qu’elle soit importante, n’est pas la plus essentielle. La Fraternité ne veut que des évêques « auxiliaires », distributeurs de sacrements. Or l’Évêque est sacré pour prêcher à temps et à contretemps la Vérité, sans mélange d’erreurs. Voilà le point principal.
Ajout du 19 mai : les candidats choisis pour devenir évêques seront des prêtres ayant avalé toutes les couleuvres des manœuvres opérées depuis 2012 dans la FSSPX. Des candidats bien lisses, qui confirmeront, ordonneront des prêtres, mais qui n’enseigneront pas à « temps et à contretemps la saine doctrine ». L’évêque est et doit être avant tout un docteur de la doctrine chrétienne, et non un distributeur de sacrements.
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B R E V E S
• Et les sacres effectués par Mgr Williamson ?
Tandis que la Fraternité Saint-Pie X a annoncé des consécrations épiscopales pour le début de l’été, il n’est jamais question dans leurs publications des sacres que l’évêque britannique a faits, entre 2015 et 2022. Six évêques au total.
L’évêque défunt et ceux qu’il a sacrés sont ignorés volontairement, alors qu’ils existent et exercent leur ministère pour le bien des âmes, de leur salut et ce, dans plusieurs pays. Sacrés validement, la FSSPX leur dénie la légitimité. Au nom de quoi ? La question posée reste sans réponse. (Ajout du 19 mai : depuis l’abbé Pagliariani a fourni la réponse : ces prêtres devenus évêques ont quitté la Fraternité, et il est hors de question de faire appel à leur épiscopat.)
• « Hors de l’Église point de salut »
Cette vérité est de foi. A lire l’abbé Pagliarani, cet adage connaît un glissement. Lisons, c’était le 7 février lors de l’université d’hiver à La Martinerie (Châteauroux) :
« Question :
Monsieur l’abbé, soyons directs : étant donné le rôle que la Fraternité joue aujourd’hui au service des âmes, peut-on dire : hors de la Fraternité, point de salut ?
Réponse :
Je reconnais que c’est une question très directe.
Alors non : la formule est « hors de l’Église, point de salut », et non « hors de la Fraternité, point de salut ». Théologiquement, ce n’est pas exact.
Comment faut-il alors concevoir la Fraternité, notre attachement à elle, notre amour pour elle ? Il faut comprendre que, dans cette situation catastrophique, la Fraternité représente pour nous un moyen de rester fidèles à l’Église. Ce n’est pas la même chose. Elle est pour nous le moyen privilégié de demeurer fidèles à l’Église.
Y a-t-il d’autres moyens pour rester fidèle à l’Église ? Oui. Nous ne pouvons pas dire que la Fraternité est, dans l’absolu, l’unique moyen.
Mais concrètement, existe-t-il, à notre portée, un autre moyen qui nous offre la même liberté et les mêmes garanties : recevoir la prédication de la vérité, pouvoir la professer, pouvoir dénoncer les erreurs, dénoncer ceux qui les propagent, mettre en garde les fidèles, et garantir les sacrements ?
D’un point de vue théorique, on ne peut pas dire qu’il n’existe que la Fraternité. Il peut y avoir d’autres moyens. Mais alors, quels sont-ils, ces autres moyens qui offriraient les mêmes garanties ?
Eh bien, je vous retourne très directement la question : dites-moi où vous trouvez aujourd’hui, dans les paroisses, des garanties équivalentes. Dites-le-moi.
Parce qu’ici, à mon avis, il faut bien distinguer les principes théoriques de la pratique hic et nunc, ici et maintenant.
Et, pour ma part, j’ai beaucoup de mal à trouver, dans la pratique, les mêmes garanties en dehors de la Fraternité.
J’espère que cela constitue une réponse assez directe. »
En théorie donc : la FSSPX n’est pas l’Église ; en pratique et concrètement : la FSSPX est la seule voie de salut.
NB: C’est nous qui mettons en gras la fin de son propos.
• Rome, la Fraternité et la Prélature
Dès 2018, la « Prélature Saint-Pie X » est prête. Mgr Fellay avait publié cette future structure canonique dans le bulletin interne de la FSSPX. Ce n’est qu’une question de temps. Des îlots résistent au phénomène d’intégration et on sait que Rome veut que la Fraternité Saint-Pie X englobe toutes les communautés dites amies dans son giron afin que puisse se réaliser la fameuse Prélature.
Quels sont ces îlots de résistance ? Bellaigue (qui connaît les pires tracasseries depuis cinq ans par la Fraternité), et tout récemment, la paroisse de feu Monsieur le Curé de Riddes, l’abbé Pierre Epiney. L’abbé Grenon, son successeur, a reçu un ultimatum, pour Pâques : soit il cède à Ecône (situé à 4 km) sa chapelle, soit il doit quitter les lieux.
Est-ce clair ? « Extra FSSPX, nulla salus »
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Extraits de l’entretien de Mgr Lefebvre
à la revue Fideliter n° 79, janvier – février 1991
FIDELITER – Depuis les sacres il n’y a plus de contacts avec Rome ; cependant comme vous l’avez raconté, le cardinal Oddi vous a téléphoné vous disant : « II faut que les choses s’arrangent. Demandez un petit pardon au Pape et il est prêt à vous accueillir ». Alors pourquoi ne pas tenter cette ultime démarche et pourquoi vous paraît-elle impossible ?
Monseigneur Lefebvre – C’est absolument impossible dans le climat actuel de Rome qui devient de plus en plus mauvais. Il ne faut pas se faire d’illusions. Les principes qui dirigent maintenant l’Eglise conciliaire sont de plus en plus ouvertement contraires à la doctrine catholique.
FIDELITER – Le Pape est très populaire. Il mobilise les foules, il veut rassembler tous les chrétiens dans l’œcuménisme, dont il a dit qu’il faisait la pierre angulaire de son pontificat. A première vue cela peut paraître une noble pensée de vouloir effectivement rassembler tous les chrétiens.
Monseigneur – Le Pape veut faire l’unité en dehors de la foi. C’est une communion. Une communion à qui ? A quoi ? En quoi ? Ce n’est plus une unité. Celle-ci ne peut se faire que dans l’unité de la foi. C’est ce que l’Église a toujours enseigné. C’est pourquoi il y avait les missionnaires, pour convertir à la foi catholique. Maintenant il ne faut plus convertir. L’Église n’est plus une société hiérarchique, c’est une communion. Tout est faussé. C’est la destruction de la notion de l’Église, du catholicisme. C’est très grave et cela explique que nombreux soient les catholiques qui abandonnent la foi.
FIDELITER – Plus qu’une question de liturgie, dites-vous souvent, c’est maintenant une question de foi qui nous oppose à la Rome actuelle.
Monseigneur – Certainement la question de la liturgie et des sacrements est très importante, mais ce n’est pas la plus importante. La plus importante c’est celle de la foi. Pour nous elle est résolue. Nous avons la foi de toujours, celle du concile de Trente, du catéchisme de saint Pie X, de tous les conciles et de tous les papes d’avant Vatican II.
FIDELITER – Qu’est-ce que vous pouvez dire à ceux d’entre les fidèles qui espèrent toujours en la possibilité d’un arrangement avec Rome ?
Monseigneur – Nos vrais fidèles, ceux qui ont compris le problème et qui nous ont justement aidés à poursuivre la ligne droite et ferme de la Tradition et de la foi, craignaient les démarches que j’ai faites à Rome. Ils m’ont dit que c’était dangereux et que je perdais mon temps. Oui, bien sûr, j’ai espéré jusqu’à la dernière minute qu’à Rome on témoignerait d’un petit peu de loyauté. On ne peut pas me reprocher de ne pas avoir fait le maximum. Aussi maintenant, à ceux qui viennent me dire : il faut vous entendre avec Rome, je crois pouvoir dire que je suis allé plus loin même que je n’aurais dû aller.
Source : Scutum fidei – N° 27 – avril – juin 2026