Une mère de famille me confiait jadis un aspect de sa méthode pour éduquer ses enfants, dès le berceau : par ses yeux qu’elle posait sur chacun d’eux. Elle savait, me disait-elle, par le regard de ses enfants, s’ils étaient vrais, droits, ou s’ils lui cachaient quelque chose.
Sans le savoir peut-être, cette maman ne faisait qu’appliquer des traits évangéliques, où Notre-Seigneur, le divin Pédagogue, a posé de nombreuses fois ses yeux sur différents personnages.
Les Mages disent à Hérode : « Nous avons vu son étoile en Orient et sommes venus l’adorer. » (Mt 2, 2) Le Bon Dieu regarde les hommes, par son propre regard et nous allons voir quand et comment, et il fait plus également : il attire les Mages par une étoile, la sienne (son étoile) et eux la voient, la regardent et, par elle, sont attirés à Lui, pour l’adorer. Cette étoile, lorsqu’ils la revoient, leur procure une joie immense (Mt 2, 10).
Passons à la vie publique de Notre-Seigneur. Tout au début de celle-ci, nous rencontrons le Christ et deux disciples de saint Jean-Baptiste, André et Jean.
Citons Dom Guillerand, moine chartreux :
« A ces deux, le Baptiste vient de leur dire : « Voici l’Agneau de Dieu, voilà Celui qu’il faut suivre. Allez. » Et ils allèrent. « Jésus se retourne. » Il se met en face d’eux ; il prend l’initiative et réalise cette présence, cette mise face à face, cette relation qui est la vie et qui donnera la vie éternelle.
Les deux disciples de Jean-Baptiste sont bien préparés. Ils se mettent en mouvement à la parole du Précurseur, comme une plante à la fin de l’hiver, quand brille le premier rayon un peu chaud. La Lumière brille ; son témoin la montre : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte les ténèbres, qui disciple la nuit. » Eux se tournent vers le divin soleil de justice, qui lui-même se retourne, et les voilà en rapport.
Jésus se retourne quand il voit qu’ils le suivent. En le suivant, ils se donnent ; en se retournant Jésus répond à ce don des deux disciples par le don de soi. Ce qui avait précédé n’était que préparatifs : c’était l’œuvre de celui qui va devant pour annoncer la venue de la Lumière. Il dirigeait vers la Lumière ; il disposait les âmes à l’accueillir ; il en faisait des miroirs limpides où elle pourrait reproduire ses traits.
La question du Maître qui se retourne amène les deux disciples à se manifester, à montrer la Lumière qui brille en eux : « Qui cherchez-vous ? » On ne cherche que ce qu’on aime : on ne suit quelqu’un que pour entrer en rapport avec lui ; un attrait conduit ces pas qui le suivent. Quel est cet attrait ? Le Maître veut le connaître. Il veut entendre prononcer ce mot qui retentit pour la première fois pour lui et sur la terre : « Rabbi, c’est-à-dire Maître. »
(…) Jésus ne leur dit pas tout d’abord : « Croyez en moi. » Il ne commence pas par là, jamais. Il dit : « Venez et voyez. »
Dom Guillerand : « Maître, où demeurez-vous ? » p. 52 – 55
On pourrait passer en revue bien des pages de l’Évangile. Prenons presqu’au hasard l’épisode où Jésus pose son regard sur un jeune homme : « Jésus l’ayant regardé, l’aima et lui dit : il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, et suis-moi. » (Mc 10, 21) Hélas, ce jeune homme préféra ses richesses au divin Maître, auteur de toute richesse, et il ne suivit pas Jésus mais s’en alla, triste.
Après que Pierre eut renié son Maître tant aimé, Jésus fixa ses regards sur lui, et Pierre pleura amèrement (Lc 22, 61-62).
Puissance du regard… !
Fixons dans notre vie Notre-Seigneur, c’est-à-dire : apprenons à Le connaître pour L’aimer.
Il est assez facile de discerner la personnalité de quelqu’un : par le regard.
– Est-ce un regard simple, qui marque la franchise, la droiture, la pureté ?
– Est-ce un regard fuyant, trouble, qui essaie de masquer le mensonge, la tricherie, ou un cœur ravagé par un vice inavouable ?
– Est-ce un regard calculateur, qui piège sa proie sans défense sous un sourire qui trahit autre chose ?
Examinons rapidement notre conscience !
« Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! » enseigne le Christ dans le sermon sur la Montagne (Mt 5, 8). Cette béatitude s’adresse à tous, sans exception.
Les yeux sont le reflet de l’âme, ils en sont la porte, n’oublions jamais cela. Comme pour nos oreilles, n’y faisons pas rentrer n’importe quoi… !
Sacerdos, en la fête de l’Épiphanie 2026