Un colosse aux pieds d’argile

 

Le coup de massue a été porté, ce 2 juillet, par le préfet du dicastère de la foi : la Fraternité Saint-Pie X est excommuniée.

Coup de massue, car elle ne s’y attendait pas, et certainement pas de cette façon si brutale, bien que des rumeurs aient fuité quelques jours plus tôt : non seulement les évêques, les deux consécrateurs et les quatre consacrés ce 1er juillet 2026, mais aussi prêtres de la FSSPX et fidèles se réclamant d’elle, notamment les Tertiaires. Rome, la « Rome conciliaire » fait acte de miséricorde pour ramener les brebis égarées au bercail moderniste ( https://fr.zenit.org/2026/07/06/quelles-modalites-de-reconciliation-entre-la-fraternite-saint-pie-x-et-leglise/ ).

Notre confrère l’abbé Matthieu Salenave donne une explication sur cette sentence d’excommunication, que nous trouvons intéressante et dont nous donnons ici le texte :

« NOUVELLE STRATÉGIE ROMAINE AU SUJET DE LA FSSPX.

Il ne fait pas de doute que les grandes décisions vaticanes n’émanent pas directement et exclusivement du pape mais très certainement des loges maçonniques qui tiennent le Vatican d’une main de fer (il suffit de chercher d’où vient l’argent !).

La décision d’excommunier la FSSPX n’échappe évidemment pas à cette règle.
La question qui se pose est pourquoi y a-t-il eu un changement de politique du Vatican au sujet de la FSSPX entre le pontificat de François et celui de Léon XIV ?
On pourrait penser qu’il s’agit de la question des sacres – la FSSPX passe par-dessus le Vatican pour procéder au plus tôt à des sacres étant donné la nécessité.
Or Rome n’était pas si fermée que cela à la question de donner des évêques à la FSSPX puisqu’elle avait concédé Mgr Huonder et n’avait rien dit à l’occasion de cérémonies comme la messe Chrismale.
Rome aurait pu proposer à la FSSPX de collaborer avec Mgr Schneider – vu que la FSSPX le cite comme une référence.

Mais non. Rome (les loges) a préféré frapper. Et symboliquement plus fort qu’en 1988 puisque même les prêtres et fidèles ont été aussi excommuniés.

Pourquoi donc cette sévérité ? Pourquoi frapper plus fort qu’en 1988 ? Quels seraient les éléments qui auraient motivés les loges à frapper ainsi ?

1) Le contexte ecclésial est très différent de 1988 : à l’époque il n’y avait pas de « ralliés » (le Barroux, la Fraternité Saint-Pierre etc.). Aujourd’hui ils sont nombreux et organisés : Rome peut compter sur leur présence et leur dynamisme pour empêcher ceux qui sont attachés à la Messe de toujours de glisser dans le « schisme ». L’excommunication des fidèles et prêtres est une arme qui évitera ainsi le passage de personnes intéressés par la tradition de connaître la problématique du concile Vatican II.

2) Rome (les loges) a dû suivre de près l’évolution de la Fraternité Saint-Pie X. Les anciens prêtres sont écartés au profit de jeunes clercs plus administratifs que théologiens et combattants.
Les prêtres les plus formés en théologie ont de moins en moins de poids.
Les fidèles ne se forment que très peu. Ne lisent quasiment plus. Passent autant de temps sur internet que des gens du monde. La vie spirituelle s’effrite dans les familles, où bien peu récitent le chapelet le soir ensemble. Les pères de famille sont très faibles et mous dans leur vie et décisions (le vice impur est très présent)
Le taux de mariages cassés explose. Le nombre de vocations diminue d’années en années (constat de l’abbé Peignot à Chartres).
La maçonnerie vaticane connait très certainement cet affaiblissement spirituel.

Sa stratégie est très simple :

Elle applique le piège de l’isolement « tiède ».

C’est le paradoxe ultime. En refusant d’un côté la rupture franche (rien à voir avec des autorités qui démolissent l’Église) et en n’obtenant pas de l’autre la reconnaissance officielle, la SSPX se retrouve alors dans un « no man’s land » théologique et ecclésial :
* Aux yeux du catholique moyen, elle apparaît comme schismatique (à cause des sacres répétés).
* Aux yeux des traditionalistes radicaux, elle apparaît comme compromise ou timorée (à cause de sa rhétorique filiale).
* Elle risque de devenir une structure hybride, une sorte de « ghetto tiède » qui n’a plus l’audace des fondateurs (Mgr Lefebvre) mais qui subit tout de même l’opprobre de l’excommunication.

En résumé
Le risque majeur pour la FSSPX en 2026 est de perdre sur les deux tableaux : perdre la pureté de son témoignage de résistance sans pour autant obtenir la paix avec Rome. C’est le danger d’une posture qui, à force de vouloir concilier l’inconciliable (la désobéissance canonique et la soumission filiale), finit par s’épuiser dans sa propre contradiction.

Ceci n’est qu’une tentative d’explication de cette lourde sentence prononcée par Rome.
Si certaines personnes voyaient d’autres raisons, nous serions tout prêt à les lire.

Pour notre part, prions pour ne pas devenir les instruments passifs ou actifs de la Franc-maçonnerie. »

 

Cette analyse est intéressante et nous souhaitons et demandons à nos lecteurs de la lire avec attention.

La FSSPX est apparemment forte, avec ses 730 prêtres (un peu plus, quoique nous apprenons déjà une défection d’un prêtre vers un diocèse, suite à la sentence portée ce 2 juillet). Elle compte de nombreux prêtres répartis dans les cinq continents sans doute, mais la FSSPX connaît de nombreux fléchissements :

– celui d’un départ important de séminaristes entre le début et la fin de leur formation (environ 70 %),

– celui du vieillissement des prêtres, de la fatigue et de la maladie d’un nombre non négligeable d’entre eux,

– sans compter (et l’abbé Salenave le souligne) le ramollissement des convictions fermes qui fut la gloire et le mérite des anciens, ceux-ci s’étant tus et ayant été remplacés par des cadres dynamiques sans doute mais moins formés au combat anti-libéral de leurs aînés.

Une génération a passé et la nouvelle n’a pas connu les combats des anciens, la pugnacité de leurs grands-parents qui ont connu le temps des garages et des granges transformés en chapelle de fortune, mais où la foi avec l’esprit de foi et de combat qui la soutient était assurément plus ferme que ce qu’ils connaissent, bien installés avec un confort que n’ont pas connu les Anciens de la Fraternité.

L’argent, la facilité… ne poussent pas à maintenir les positions fermes d’antan.

Ce colosse qu’est la Fraternité Saint-Pie X a les pieds fragiles.

Très exposée, elle a voulu faire des sacres (avant leur réalisation début juillet), une immense publicité, avec une technique poussée brillamment. Le 1er juillet, grand orgue et trompettes jouaient clair dans le ciel d’Ecône. La communion a été retardée d’une heure par un violent orage, jamais vu depuis que les cérémonies d’ordination ou de sacre avaient été faites à partir de 1976 dans la prairie du séminaire.

Cet orage a été interprété de différentes façons et nous en proposons une.

Mgr Williamson a opéré les sacres épiscopaux sans tambour ni trompette, sans cette gabegie d’informations depuis des mois (2 février jusqu’au jour des sacres pour la FSSPX). L’évêque britannique a préféré la discrétion : les modestes groupes de prêtres et de fidèles répandus en différents points du globe sont à peine répertoriés. Sans bruit et avec de faibles moyens, ils répandent la saine doctrine. « Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien ». Il nous arrive parfois d’entendre cette question : « Combien êtes-vous de prêtres dans la Fidélité, combien avez-vous de fidèles ? » J’avoue que je ne le sais pas, et ne veux pas le savoir. La question est souvent intéressée de la part des interlocuteurs. Mais le bon Dieu approuve-t-il ce décompte ?

 

En guise de conclusion : la sainte Écriture

L’Histoire sainte nous rapporte en effet que le roi David, après ses nombreuses batailles victorieuses, voulut connaitre le nombre de soldats en arme. Le prophète le mit en garde et le roi passa outre. Dieu par l’ange exterminateur lui donna une sévère leçon, rançon de son orgueil. Tout ceci est rapporté dans le livre de Samuel (2 Samuel 24, 10-17).

Attention aux orages qui, d’un coup, brisent les récoltes avant la moisson.

Et… mais la question est peut-être prématurée… où est Mgr Schneider ? Si loquace avant les sacres pour les défendre, il est subitement muet une fois que Rome a brandi le drapeau rouge…

 

Abbé Dominique Rousseau
7 juillet 2026