La Fraternité Saint-Pie X, hier (1988) et aujourd’hui (2026)

Voici quatre textes :

– Le premier, signé par les supérieurs majeurs de la Fraternité Saint-Pie X, au lendemain de la sentence portée par Jean-Paul II, au sujet des sacres du 30 juin 1988 ;
– Le second, du 7 mars 2026, par l’abbé Pagliarani, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, à la veille des sacres annoncés au 1er juillet 2026.
– Le troisième, du supérieur général actuel, l’abbé Pagliarani : un texte de février 2026
– Le quatrième, du supérieur général (1982 – 1994) qui succéda à Monseigneur Lefebvre, l’abbé Schmidberger : un texte d’octobre 1991.

Est-ce même esprit qui anime ces ecclésiastiques ?

Confrontation par les textes.

 

 

1 –

Lettre ouverte des supérieurs de la FSSPX au cardinal Gantin,
Préfet de la Congrégation des Évêques, du 6 juillet 1988

Écône, 6 juillet 1988
Éminence,
Réunis autour de leur Supérieur général, les Supérieurs des districts, séminaires et maisons autonomes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, pensent bon de vous exprimer respectueusement les réflexions suivantes.
Vous avez cru devoir, par votre lettre du 1e juillet passé, faire savoir à Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre, à Son Excellence Monseigneur Antonio de Castro Mayer et aux quatre évêques qu’ils ont consacrés le 30 juin dernier à Écône, leur excommunication latæ sententiæ. Veuillez vous-mêmes juger de la valeur d’une telle déclaration venant d’une autorité qui, dans son exercice, rompt avec celle de tous ses prédécesseurs jusqu’au pape Pie XII, dans le culte, l’enseignement et le gouvernement de l’Église.
Pour nous, nous sommes en pleine communion avec tous les papes et tous les évêques qui ont précédé le Concile Vatican II, célébrant exactement la messe qu’ils ont codifiée et célébrée, enseignant le catéchisme qu’ils ont composé, nous dressant contre les erreurs qu’ils ont maintes fois condamnées dans leurs encycliques et leurs lettres pastorales. Veuillez donc juger de quel côté se trouve la rupture. Nous sommes extrêmement peinés de l’aveuglement d’esprit et de l’endurcissement de cœur des autorités romaines.
En revanche, nous n’avons jamais voulu appartenir à ce système qui se qualifie lui-même d’Église Conciliaire, et se définit par le Novus Ordo Missæ, l’œcuménisme indifférentiste et la laïcisation de toute la Société. Oui, nous n’avons aucune part, nullam partem habemus, avec le panthéon des religions d’Assise ; notre propre excommunication par un décret de votre Éminence ou d’un autre dicastère n’en serait que la preuve irréfutable. Nous ne demandons pas mieux que d’être déclarés ex communione de l’esprit adultère qui souffle dans l’Église depuis vingt-cinq ans, exclus de la communion impie avec les infidèles. Nous croyons au seul Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, et nous serons toujours fidèles à Son unique Épouse, l’Église Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine.
Être donc associés publiquement à la sanction qui frappe les six évêques catholiques, défenseurs de la foi dans son intégrité et son intégralité, serait pour nous une marque d’honneur et un signe d’orthodoxie devant les fidèles. Ceux-ci ont en effet, un droit strict à savoir que les prêtres auxquels ils s’adressent ne sont pas de la communion d’une contrefaçon d’Église, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste. Unis à ces fidèles, nous faisons nôtres les paroles du prophète (1 Rois, vii, 3) : Preparate corda vestra Domino et servite Illi Soli : et liberabit vos de manibus inimicorum vestrorum. Convertimini ad Eum in toto corde vestro, et auferte deos alienos de medio vestri.« Attachez fermement votre cœur au Seigneur et servez-le Lui Seul : et Il vous délivrera des mains de vos ennemis. C’est de tout Notre cœur que vous devez revenir à Dieu ; ôtez du milieu de vous les dieux étrangers »
Confiants dans la protection de Celle qui a terrassé toutes les hérésies dans le monde entier, nous vous prions d’agréer, Éminence, l’assurance de notre dévouement à Celui qui est l’unique voie de salut.
A Ecône, le 6 juillet 1988

Suivent les signatures du Supérieur général, de tous les Supérieurs de districts de séminaires et maisons autonomes de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dans le monde entier :
• M. l’abbé Franz Schmidberger, supérieur général,
• MM. les abbés Paul Aulagnier, supérieur du district de France,
• Franz-Joseph Maessen, supérieur du district d’Allemagne,
• Edward Black, supérieur du district de Grande-Bretagne,
• Anthony Esposito, supérieur du district d’Italie,
• François Laisney, supérieur du district des États-Unis,
• Jacques Emily, supérieur du district du Canada,
• Jean-Michel Faure, supérieur du district du Mexique,
• Gérard Hogan, supérieur du district d’Australie et Nouvelle-Zélande,
• Alain Lorans, directeur du séminaire d’Écône,
• Jean-Paul André, directeur du séminaire de Flavigny,
• Paul Natterer, supérieur du séminaire de Zaitzkofen,
• Andrés Morello, supérieur du séminaire de La Reja,
• William Welsh, directeur du séminaire de la Sainte-Croix en Australie,
• Michel Simoulin, recteur de l’institut Saint-Pie X à Paris,
• Patrice Laroche, sous-directeur du séminaire d’Écône,
• Philippe François, supérieur de la maison autonome de Belgique et du Luxembourg,
• Roland de Mérode, supérieur de la maison autonome des Pays-Bas,
• Georg Pfluger, supérieur de la maison autonome d’Autriche,
• Guillaume Devillers, supérieur de la maison autonome d’Espagne,
• Philippe Pazat, supérieur de la maison autonome du Portugal,
• Daniel Couture, supérieur de la maison autonome d’Irlande,
• Patrick Groche, supérieur de la maison autonome du Gabon,
• Franck Peek, supérieur de la maison autonome d’Afrique australe.
(Extrait de Fideliter N° 64 de juillet-août 1988, pages 11 et 12)

 

 

 

2 –

Extrait de la lettre de l’abbé Pagliarani aux membres de la FSSPX, du 7 mars 2026 :

« Si nous venions à être déclarés excommuniés et schismatiques, cela ne signifierait pas que nous recherchions une telle sanction ni que nous nous en réjouissions, car elle serait objectivement injuste. Une chose est de se réjouir d’avoir une nouvelle humiliation à offrir à Dieu ; une autre serait de se réjouir, dans un esprit de défi, d’un mal et d’une injustice objective, qui provoque un scandale pour l’Église tout entière. Caritas non gaudet super iniquitatem – la charité ne se réjouit point de l’injustice. »
Source : https://fsspx.news/fr/news/sacres-episcopaux-ce-que-labbe-pagliarani-aux-membres-la-fraternite-saint-pie-x-59244

 

Bref commentaire : ce n’est pas le même état d’esprit qui anime, à 38 ans de distance, la lettre des supérieurs majeurs de la FSSPX et celle du supérieur général actuel. Ceux-là se réjouissaient de la prétendue excommunication fulminée par la Rome conciliaire, celui-ci prône une charité qui n’est plus combattive.

 

3 –

Un deuxième texte de l’abbé Pagliarani éclaire son écrit (7 février, à La Martinerie, Châteauroux) :

« Que fera la Fraternité si Rome condamne les sacres ?
Question :
De manière plus concrète, en revenant à l’annonce que vous avez faite au sujet des sacres épiscopaux prévus le 1er juillet prochain pour la Fraternité Saint-Pie X — sacres qui donneront le pouvoir d’ordre, c’est-à-dire la capacité de conférer les sacrements, mais non le pouvoir de juridiction —, il faut demander au pape un mandat pontifical, comme le prévoit le droit canon.
Sans faire ni prophétie ni science-fiction, pensez-vous que le pape Léon XIV puisse accepter cette demande ? Ou du moins s’abstenir d’intervenir, en tolérant que les choses se fassent sans les approuver explicitement ? Comment voyez-vous la situation ?
Réponse :
Tout est possible. Oui, tout est possible.
Je dirais ceci : de même que Benoît XVI a levé les décrets d’excommunication en 2009 — ce qui paraissait assez inespéré —, je pense qu’un pape peut comprendre que la Fraternité agit avec une intention droite. Cela me paraît évident. Nous avons une intention droite. Nous sommes assez directs, comme nous l’avons dit : nous disons ce que nous pensons.
Le pape peut donc le comprendre, peut même l’apprécier, sans nécessairement partager notre position. Et, s’il a réellement le souci des âmes, alors, pour le bien de toutes ces âmes qui, d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, ont recours à la Fraternité, ou voient en elle un point de référence, je pense qu’un pape peut théoriquement comprendre cette nécessité particulière de la part de la Fraternité.
C’est possible. Oui, c’est possible. Mais, encore une fois, tout cela dépend de Dieu, de la Providence, et de la bonne volonté du pape.
Je pense que le fait d’annoncer les sacres cinq ou six mois à l’avance nous permet, à nous, de nous préparer au pire ; mais cela permet aussi au pape de réfléchir, et, je l’espère, de recevoir encore de notre part des explications supplémentaires, afin de mieux comprendre notre bonne volonté.
Tout cela est possible. En revanche, je ne pense pas que le pape adhérera intégralement à la Tradition d’ici le 1er juillet. Humainement parlant, ce n’est pas la perspective. Mais qu’il puisse comprendre, cela, oui, c’est possible. »

 

 

4 –
En 1991, le supérieur général de la Fraternité, l’abbé Schmidberger, avait lancé une croisade de prières, dont voici quelles étaient les intentions :
« La conversion de Rome et des évêques ;
Le retour du Christ Roi des nation jadis chrétiennes ;
La prédication de la foi et la construction d’institutions du salut dans chaque pays où les âmes nous appellent.
La solution de la crise actuelle gît surtout à Rome et chez les évêques, Imminemment chez le Pape même. Il faudrait donc convertir surtout ceux-ci, dans le sens d’un retour à la pleine tradition de l’Église, de la doctrine le culte et le gouvernement. » (Cor unum, bulletin de liaison des membres de la FSSPX, n° 40, octobre 1991, éditorial)

Bref commentaire : deux supérieurs généraux, l’un en 1991, l’autre en 2026, ne disent pas la même chose, et même se contredisent. En effet : le premier fait prier pour la conversion du pape, le second n’envisage qu’une compréhension humaine de la nécessité des sacres épiscopaux.

Conclusion

C’est en 2012 que le principe énoncé en 2006 fut inversé : « Pas d’accord pratique sans accord doctrinal ». A tous ceux qui veulent y voir clair dans la crise qui secoue la FSSPX depuis lors, nous ne pouvons que recommander la lecture des « Commentaires Eleison » de Mgr Williamson. A l’heure actuelle, quatre tomes sont publiés.

Abbé Dominique Rousseau
Pentecôte 2026