Mgr Williamson et les négociations FSSPX / Rome

Voici une Lettre que Mgr Williamson, alors Directeur du Séminaire de Winona, FSSPX, écrivit en 2003.

Quelle vue sur les années à venir, et aussi sur les sacres annoncés pour le 1er juillet prochain…

Lisez avec attention ces lignes ! Si les années ont passé, le jugement demeure et notre regretté Évêque (+ 29 janvier 2025) redirait les mêmes choses, dans les mêmes termes.

La rédaction, 3 mars 2026

 

Letters From the Rector :

Les Lettres de Winona

Volume 4, Partie 3  : Lettre # 232 (5 mai 2003)

DEUX RUMEURS – ET D’AUTRES À VENIR ?

Comme on pouvait s’y attendre — et comme on l’avait prévu — Rome ne laisse pas la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en paix. Comme l’affirme un cardinal de la Nouvelle Église, « Nous ne connaîtrons aucune paix tant que la FSSPX poursuit son œuvre. » En maniant la carotte ou le bâton, cette Nouvelle Église doit, d’une manière ou d’une autre, faire dérailler la FSSPX, si peu nombreuse qu’elle soit. Sans cela, ce que la FSSPX représente finira tôt ou tard par faire dérailler la Nouvelle Église elle-même — comme cela commence déjà à se produire.

Au cours des dernières semaines, deux rumeurs ont surgi de Rome : la première prétend que trois des quatre évêques de la FSSPX seront « relevés de leur excommunication » lors d’une Messe publique de rite tridentin célébrée par le Cardinal Castrillón dans une grande basilique romaine, le samedi 24 mai ; la seconde veut que l’indult permettant l’usage de la Messe tridentine soit étendu à tous les prêtres catholiques avant la fin de cette année 2003. Rome veut-elle que ces rumeurs soient crues ? Rome est-elle en mesure de les réaliser ? Dieu seul le sait.  Toujours est-il que ces deux rumeurs ont pour effet de placer la FSSPX sous pression ; et puisque d’autres rumeurs semblables pourraient surgir pour tenter de la faire chanceler, nous devons garder toute notre lucidité catholique. Au risque de redire ce que nous avons déjà tant de fois rappelé, essayons d’expliquer pourquoi, même lorsque Rome semble d’une grande “générosité”, la FSSPX doit se montrer d’une extrême prudence.

La racine du problème se trouve dans la modernisation de l’Église catholique, lancée — ou du moins rendue visible — dans les années 1960 par le Concile Vatican II (1962 1965). Ces seize documents conciliaires ont bouleversé l’enseignement catholique, et le Novus Ordo Missae (1969) a transformé l’essence même de la pratique de l’Église : la liturgie de la Sainte Messe. Or, selon les principes catholiques, l’Église ne peut changer. Les modernistes ont donc feint — et feignent encore — que cette mise à jour n’a rien touché d’essentiel. Cependant, les « catholiques modernisés » ressemblent si peu aux catholiques d’autrefois qu’il est évident que le changement a bel et bien été essentiel. Avec le recul, Vatican II et la Nouvelle Messe apparaissent clairement comme les fondations d’une nouvelle religion.

Or, la vieille religion catholique, centrée sur Dieu, et la nouvelle religion conciliaire, centrée sur l’homme, se contredisent l’une l’autre et puisque toutes les guerres sont, au fond, religieuses, ainsi une contradiction entre deux religions ne peut que signifier une guerre. Les conciliaires, fidèles à leur nouvelle foi, se croient tenus d’extirper et de détruire l’ancienne Foi ; tandis que les véritables catholiques ont le devoir sacré de refuser et de condamner cette fausse religion, avec tous ses pompes et toutes ses œuvres. C’est pourquoi, peu après Vatican II, les conciliaires se sont mis à proclamer que ce Concile fut le plus important de l’histoire de l’Église, tandis qu’un petit nombre de catholiques courageux le dénonçaient comme l’introduction au sein de l’Église des principes antichrétiens du monde moderne. De même, en 1969, le pape conciliaire Paul VI voulut faire croire que l’ancienne Messe était abolie ; mais une poignée d’évêques et de prêtres catholiques l’ont maintenue, au premier rang desquels s’est trouvé — mais non exclusivement — Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint-Pie X qu’il a fondé.

Voici donc le cœur du problème, qu’il ne faut jamais perdre de vue. Nous avons affaire à une guerre opposant deux religions, guerre qui ne pourra s’achever que par la mort de l’une ou de l’autre. Les catholiques doivent combattre avec les armes de la Vérité ; les conciliaires, eux, peuvent employer tous les moyens disponibles. Et par la juste punition due à la tiédeur de tant de catholiques, les conciliaires ont été autorisés à occuper presque toutes les positions de pouvoir et d’influence à l’intérieur même de la structure de l’Église — positions dont ils se sont servis pour implanter pleinement leur nouvelle religion.

Cependant, les catholiques possèdent de leur côté la Vérité, laquelle, selon la promesse de l’Écriture, « est forte et prévaudra. » Les conciliaires n’ont pu empêcher Mgr Lefebvre de dénoncer Vatican II ni de sauver l’ancienne Messe ; et, jusqu’à présent, ils n’ont pu empêcher sa Fraternité de poursuivre fidèlement cette mission. Mais la survie de leur nouvelle religion dépend de la destruction de l’ancienne — cette religion qui, par sa seule existence, montre que Vatican II et la nouvelle messe sont faux. Ainsi, ils doivent nécessairement détruire, fragmenter, paralyser ou corrompre la FSSPX, seule RESISTANCE organisée de quelque ampleur face à l’idéologie conciliaire.

Une stratégie évidente pour les Romains est aussi vieille que le monde : « Diviser pour mieux régner » d’où la première rumeur, selon laquelle trois des quatre évêques de la Fraternité penseraient d’une même façon, tandis que le quatrième aurait une autre opinion. Mais, l’un après l’autre, deux de ces trois évêques ont déclaré que tout cela n’était que sottises ; quant au troisième, il ne s’est sans doute pas donné la peine d’y répondre publiquement. (Et pour ce qui est du quatrième, il a préféré se repaître de cette publicité que lui valait la rumeur !) Et si, comme le prétend ladite rumeur, Rome croit que 70 % des prêtres de la Fraternité seraient heureux d’être « relevés de leur excommunication » avec trois des quatre évêques, alors Rome connaît aussi mal nos prêtres qu’elle connaît nos évêques.

La seconde rumeur relève d’une autre stratégie, toute aussi ancienne : « Les étouffer sous la bienveillance. » Par exemple, accorder en 2003 la condition préalable demandée avant toute négociation par la Fraternité en 2001 : c’est-à-dire la libre faculté pour tous les prêtres d’utiliser le rite traditionnel de la Messe. Or, il n’est pas certain que Rome soit capable d’imposer une telle mesure à la masse de ses évêques conciliaires. Cependant, si Rome pouvait accomplir cet acte, la Fraternité ne pourrait que se réjouir de voir la véritable Sainte Messe mise à la disposition de tous les prêtres catholiques, car ce serait un flot de grâces répandu à nouveau sur l’Église, à mesure que les prêtres comprendraient quel trésor a été remis entre leurs mains. Mais même si Rome allait jusqu’à « relever de leur excommunication » nos quatre évêques, rappelons que la Fraternité ne s’était engagée, en 2001, qu’à ouvrir des discussions en vue d’une possible réconciliation  ; et il demeure presque certain que les conciliaires exigeraient aujourd’hui de la FSSPX quelque reconnaissance, même partielle, du Concile Vatican II  : chose absolument impossible car ce sont les documents mêmes de ce Concile — et non pas seulement leur application — qui sont pénétrés de la nouvelle religion.

Néanmoins, la tactique de « l’étouffement par la bienveillance » présente de réels avantages pour Rome. Supposons qu’elle passe outre ses propres évêques et qu’elle déclare unilatéralement que « La Fraternité Saint Pie X est tout simplement réconciliée avec Rome ; elle est réadmise dans l’Église, y compris ses quatre évêques, sans conditions, sans exigences. » Que ferait alors la FSSPX ? Si elle refusait, elle paraîtrait bien revêche. Mais si elle acceptait, elle perdrait sa protection actuelle — celle de sa marginalisation providentielle —, et tomberait dans une foule de contacts pernicieux avec des « catholiques » ne comprenant ni le problème de l’idéologie conciliaire, ni même ce qu’est la vraie Foi catholique. Une telle manœuvre pourrait signifier la fin du rôle de défense de la Foi tenu par la Fraternité.

Une proposition pareille, de la part de Rome, pourrait sembler improbable, voire impossible ; mais pour affamer spirituellement ou neutraliser la FSSPX, ce serait sans doute l’arme la plus habile qu’elle puisse employer. En tout cas, cela met en lumière le problème central : Même si ces Romains parlaient en apparence le même langage que nous, leur religion moderniste leur ferait donner à chaque mot un tout autre sens. Ainsi, toute « réconciliation » ne serait que verbale, non réelle ; et la Fraternité aurait perdu la protection de sa marginalisation actuelle.

Pourquoi donc songer encore à négocier quoi que ce soit avec ces Romains ? D’abord, parce qu’ils occupent la chaire de Moïse (Matthieu 23, 2) : ils exercent une immense influence sur le salut — ou la perdition — d’un grand nombre d’âmes. Ensuite, parce qu’ils ont, eux aussi, des âmes à sauver ; et que l’un d’entre eux, peut-être, pourrait encore tirer profit d’un contact avec des catholiques anti conciliaires. C’est pour cette raison que Mgr Lefebvre maintint un certain contact avec Rome jusqu’en mai 1988.

Cependant, ces contacts cessèrent avec les consécrations épiscopales de juin 1988, lorsque — comme il le disait — Rome avait prouvé par ses actes une telle insensibilité au salut des âmes que le problème avait quitté le domaine de la diplomatie pour entrer dans celui du dogme. Ainsi, lorsque le Cardinal Castrillón Hoyos insiste aujourd’hui sur la diplomatie, il compromet, du point de vue de la Fraternité, toute approche possible avant même qu’elle ne commence. Car si la FSSPX négociait sur autre chose que le dogme, le résultat serait fatal pour la Foi — comme on l’a encore vu tout récemment avec le triste cas des prêtres de Campos, Brésil.

Mais le dogme, par nature inélastique, peut-il être compris par des esprits devenus malléables, pour lesquels les mots n’ont plus de sens fixe ? Pour ma part, je crains que la masse des esprits d’aujourd’hui soit si éloignée du réel qu’il faille sans doute un Châtiment divin pour la ramener à la vérité — ce qui impliquerait inévitablement qu’un grand nombre d’âmes quittent cette vie. En attendant, priez, chers lecteurs, pour que la FSSPX fasse exactement ce que Dieu attend d’elle.

L’insidieuse particularité de l’idéologie conciliaire — sa ressemblance trompeuse avec le catholicisme — sera le principal sujet d’étude de la session doctrinale des hommes qui se tiendra cet été à Winona. Le thème ardu, sera formé des trois grandes encycliques de Jean-Paul II sur Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit. Mais, pour y voir clair, nous nous aiderons des ouvrages du Professeur Dörmann, véritables phares dans la confusion actuelle. Ces livres peuvent être obtenus auprès d’Angelus Press.

Durant ce mois de mai, implorons tout spécialement le secours et la protection de la Très Sainte Vierge Marie. Prions son Rosaire afin qu’elle obtienne le salut de ces millions d’âmes qui chavirent, aujourd’hui, dans un monde d’erreur et de trouble.

† Richard Williamson