Mon Père, qu’est-ce que c’est qu’une bonne année ?

C’est une année d’amour du Bon Jésus.

Mon Père, qu’est-ce que c’est qu’une année d’amour du Bon Jésus ?

C’est une année qui se passe à faire arriver son règne en soi et dans les autres.

Mon Père, qu’est-ce que c’est que faire aimer son règne en soi ?

C’est vivre d’après son Évangile tout pur, sans aucun mélange de l’esprit du monde.

Mon Père, qu’est-ce que c’est que le monde ?

C’est ce qu’on aime davantage à mesure qu’on aime moins Dieu, et ce qu’on aime moins à mesure qu’on aime Dieu davantage.

Mon Père ce n’est pas bien clair.

Comment ! Mais ce sont les propres paroles de saint Augustin !

Mon Père, saint Augustin était un évêque et un immense génie ; et moi, je suis une petite fille de treize ans, sans aucun génie.

Eh bien ! l’Évangile, c’est l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, et le monde, c’est l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu.

Mon Père, est-ce encore saint Augustin qui dit cela ?

Précisément, saint Augustin en personne.

Ah !… et alors, mon Père, on ne peut pas aimer bien le Bon Dieu et s’aimer soi-même un petit peu ?

Mais je n’ai pas dit cela.

Mon Père, ça recommence à être difficile. Expliquez-moi mieux.

Voici. Du moment que le bon Jésus nous aime, et que nous devons faire comme lui, il faut bien que nous nous aimions. Seulement, il a sa manière à LUI de nous aimer et ce n’est pas souvent de cette manière-là que nous nous aimons.

Mon Père, comment est-ce que le bon Jésus nous aime ?

En voulant que nous ayons une vie aussi belle, aussi grande, aussi haute que possible, ce qui n’est possible qu’en ne pensant pas à soi, parce qu’on ne s’agrandit qu’en sortant de soi.

Mon Père, alors pour s’aimer il faut ne pas s’occuper de soi, c’est-à-dire ne pas s’aimer ? C’est bien étrange !

C’est même une folie, saint Paul nous le dit. Mais cette folie-là est la vraie sagesse : « Celui qui veut garder sa vie la perd, et celui qui la perd la trouve. » Celui qui veut rester son propriétaire se gaspille, celui qui est à Jésus l’emploie.

Mon Père, s’aimer selon le monde, alors, c’est s’occuper de soi, c’est tout prendre par rapport à soi, c’est être son propre centre, c’est…

C’est au fond, être à soi-même son Dieu. Vous commencez à voir où est la vraie folie.

Mon Père, c’est bien beau, mais que c’est difficile !

Oui et non. La vie selon Jésus est difficile, et même impossible sans Jésus. Mais elle est facile avec Jésus. Or il est là.

Alors mon Père, une bonne année, c’est une année selon Jésus, avec Jésus.

Ajoutons un dernier mot. Faire arriver le règne de Jésus dans les autres, c’est les amener à vivre selon Jésus avec Jésus.

Mon Père, bénissez-moi.

Oui je vous bénis de tout mon cœur, avec grande tendresse et grand respect. Je bénis tous les jours de votre nouvelle année. Je bénis votre front, pour qu’il porte le signe de la Croix ; vos oreilles, pour qu’elles entendent les préceptes divins ; vos yeux, pour que vous voyiez la clarté de Dieu ; vos narines, pour que vous sentiez le parfum du Christ ; votre bouche, pour que vous disiez des paroles de vie. Je vous bénis toute, afin que vous ayez la vie éternelle, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

 

Lettre de l’abbé V.A. BERTO à M., 31 décembre 1935

(Note : l’abbé Victor Alain Berto fut par la suite le Théologien particulier de Mgr Lefebvre lors du concile Vatican II.)